Tour d'horizon de quelques spécialités japonaises de choix
Avant de partir, je m'étais fait implicitement une liste de tout ce que je voulais manger au Japon durant mon séjour, qu'il me sera impossible de manger à nouveau en France, a fortiori avec la même qualité (Comme dit Asa Ekström dans son manga sur la vie des Gaijin au Japon, que je suis en train de découvrir, même les restos de sushi corrects en Europe sont généralement du niveau des Kaiten-sushi bon marchés japonais).
Cette liste, j'en ai fait le tour depuis hier !
- Kaiten-sushi dans le quartier de Ueno quelques jours après l'arrivée, et plateau de sushi d'une petite boutique du quartier pour Tanabata-matsuri.
Tanabata-matsuri à la maison
- Shokuji-nomikai avec plein de petits plats japonais décadents (brochettes de fromage grillé dans son petit pannequet de lard bien gras, edamame ! Sashimi ! Ha ha !) arrosés de bière "nama" (pression) et d'umeshu dans une Izakaya à l'arrivée, puis avec le père d'Hiromi à la gare de Tokyo. Je me refais une izakaya ce soir avec Itô-sensei et les membres du Shûdokan, mon dojo de iaidô à Nakano (j'ai promis à Itô).
- Chûka-ryôri [中華料理], c'est-à-dire cuisine chinoise : c'était un passage obligé, puisqu'il y en a un petit resto familial super convivial juste derrière l'école primaire Matsuba, où s'entraîne mon club de kendo local. C'est un point de rendez-vous commun de l'équipe (et du quartier), qui a naturellement été désigné pour nos retrouvailles avec Yukiko, la famille Shintani, Kitamura-sensei, et les autres personnalités du coin. C'est aussi une bonne occasion de se remplir le ventre de gyôza [餃子] frits, parce que j'adore ça. Comme on en trouve aussi facilement en supermarchés pour pas cher, je m'en cuisine de temps en temps. Il parait qu'il vaut mieux les cuisiner avec une base de goma-abura [ごま油], de l'huile de sésame.
Grâce au père d'Hiromi, qui nous a envoyé de l'argent pour qu'on mange et boive à sa santé après notre rencontre, on est aussi allé déguster les fameux raviolis vapeur appelés Shôronpô [小籠包] dans un restaurant chinois assez classe du coin. Il faut faire attention, c'est très chaud. En principe, il faut donc les percer avant de les manger, pour que la vapeur s'échappe et que la chaleur diminue.
- Okonomiyaki ! On est loin du Kansai, mais je connais un petit resto traditionnel au poil spécialiste de la chose dans une petite rue perpendiculaire à kokusai-dôri, à mi-chemin entre Ueno et Asakusa, à côté du temple Honzan Higashihongan. J'ai pris un okonomiyaki façon Hiroshima, en hommage à Aiko (et un peu pour la faire rager aussi !).
Des sakura-ebi, du choux, des crevettes, des tas de trucs trop bons, de la sauce et de la mayo !
L'anecdote amusante, c'est que ce petit resto tout en bois comporte des parties de sous-pentes en torchis, et qu'une partie de cette sous-pente s'est incidemment détachée et s'est écrasée juste dans mon dos avant de s'éparpiller sur le tatami. J'ai été un peu surpris, mais quand je l'ai signalé à la taulière qui passait, comme on pouvait s'y attendre, on s'est répandu en exclamations désolées et en excuses, moi j'ai fait maintes courbettes pour dire que c'était bon, que rien n'était tombé dans l'assiette, on a voulu me refaire un plat gratuit, j'ai refusé (j'avais déjà le ventre bien plein), etc, etc. On nous a finalement déplacé à une autre table, et on nous a payé le dessert au choix parmi 3 ou 4 parfums de kaki-goori [カキ氷]. Ça m'a permis de découvrir la chose, pourtant très répandue au Japon (en été) : c'est tout simplement de la glace pilée (du glaçon en paillettes, quoi), arrosé généreusement d'un sirop au goût bien, bien chimique (fraise, citron, menthe...). Mais c'était de circonstance (on crève de chaud en ce moment), et c'était très sympa. Et puis dans le contexte, refuser aurait vraiment mis la patronne dans l'embarras.
Nos kaki-goori, aux improbables couleurs de la nature...
- Matsu-ya, Yoshino-ya, Suki-ya et autres chaines de fast-foods à la japonaise. Ce sont des endroits où le bol de riz assaisonné simplement se trouve à partir de 300 yen (env. 3 €). On se remplit généralement le ventre pour moins de 700 yen, même en prenant un petit set avec de grosses quantités. L'avantage sur le fast-food à l'américaine, c'est qu'on a nettement moins de chance de faire sursauter son taux de cholestérol en mangeant dans ce genre d'établissement. La dernière fois que j'y suis allé, je me la suis joué à la japonaise : je suis allé droit au comptoir, fier et solitaire, je me suis installé et j'ai repoussé d'un geste et d'un sourire poli le menu anglais qu'on me proposait (c'est le moins que je puisse faire pour combattre maladroitement mon étiquette de touriste américain). Ensuite, j'ai choisi mon gyûdon favori (gyû-don [牛丼] = viande de bœuf cuite en lanières fines et posée sur un bol de riz, généralement avec des morceaux d'oignons et un peu de sauce), assaisonné avec du naganegi (entre le poireau & la ciboulette) et un œuf. J'ai ensuite englouti ça le plus rapidement possible pour faire comme tout le monde, à grands coups de baguettes (éloignez de moi cette ridicule cuillère en inox !), et en buvant force verres de thé fumé glacé. Quand j'ai eu fini, j'ai immédiatement demandé l'addition, j'ai réglé, j'ai brièvement remercié d'une formule d'usage et d'un signe de tête, et je me suis enfui par la sorti avec un air très occupé, mon matériel de kendo sur le dos. Ça y est ! Je suis Japonais !
- Des ramen ! Impossible, on dirait, d'en manger de vraiment bonnes en France. Peut-être que je ne connais juste pas les bonnes adresses. C'est à vous en dégoûter parfois tellement elles sont médiocres (même au Japon selon les endroits). Mais là, j'ai fait le plein : un petit bol ramen de chez Ippû dô [一風堂] acheté en combini, par nostalgie (il y avait une enseigne de cette chaîne connue à Meidaimae, à côté de l'université), mais surtout deux passages avides chez Marugen [丸源]. Sans doute pas les meilleurs ramen du Japon, mais c'est une autre chaîne qui fait toujours du meilleur boulot que la plupart des restos français. Je me suis pris un petit 餃子セット (set avec des gyôza) qui n'était pas mauvais. j'ai aussi enfin appris une truc crucial pour la dégustation des ramen grâce à Hiromi (même si je ne sais toujours pas aspirer avec la gorge sans en mettre partout, comme le font si bien les Japonais) : comme c'est servi dans une soupe très chaude, il faut utiliser la cuillère pour y déposer des petits paquets de pâtes, et les isoler quelques instants de la chaleur avant de les avaler. Ça permet de les refroidir considérablement, et d'éviter de se cramer définitivement les papilles pendant le repas.
- Yakiniku, avec la famille Yamaguchi, parce que Harutsune-kun aime beaucoup la viande. Et quand on aime beaucoup la viande, au Japon, on se jette souvent sur les barbecues coréens, où on commande en grande quantités des plats de viande rouge avec divers morceaux de bœuf de choix, que l'on étale sur la grille du barbecue au charbon qui se trouve au centre de la table. La version tabe-hôdai (à volonté) existe aussi, sur une durée déterminée (souvent 90 minutes). En une heure de repas, on a fait changer deux fois la grille du grill, noire de graisse frite. Je vous dis pas le boulot du plongeur dans ce genre de resto.
Il y a généralement deux types de sauces dans lesquelles on peut tremper la viande une fois cuite : une sauce au citron un peu acide qui réveille les papilles, et une sauce plus sucrée assez douce. Les connaisseurs choisissent la sauce qui va le mieux avec tel ou tel morceau. Avec la viande, on peut commander un plat entier de légumes à faire griller également : maïs, kyabocha (potiron), shitake (variété de champignon brun très bon), aubergines, oignons, patates douces...
Pour manger de la viande, on a mangé de la viande. Et pas moyen de payer quoi que ce soit à la fin du repas.
- Dango, daifuku [大福, grande joie !] et autre sucreries : c'est un peu toujours la même chose avec les petites pâtisseries traditionnelles japonaises : il y a de la pâte de riz gluant et de la pâte azuki (faite à base de haricots rouges sucrés, assez semblable à de la crème de marron). Cette combinaison est déclinée en toutes sortes de formes, dont les deux énoncées ici, parmi les plus communes : les dango sont des petites brochettes de boules de pâtes recouvertes d'une nappe d'azuki. Les daifuku sont des petits pains de pâte de riz avec de l'azuki à l'intérieur. Il y a des gens que la consistance dégoûte, mais moi j'adore ça ! On en trouve à bas pris dans tous les supermarchés. Pour la qualité supérieure ou les fantaisies, il faut aller à Ginza ou dans une pâtisserie célèbre qu'on trouve notamment à Taitô, nommée Kogome-daifuku. Ils en font de toutes les formes et couleurs, si je me souviens bien, avec des consistances différentes.
- Kare (curry). A l'origine, je n'étais pas très curieux de ce curry marron à la japonaise, qui n'a pas forcément l'air des plus appétissants pour ceux qui le découvrent. Dans son plus simple appareil, le kare-rice c'est une assiette plate avec une moitié de riz gluant bien blanc, et une moitié de sauce marron-gastro bien marron. Pas de quoi affoler votre imagination. Pourtant, c'est très bon, et on peut faire des combinaisons (on peut par exemple mettre plein de légumes : des carottes, des navets, des patates, etc). Le curry n'est généralement pas très fort (on n'est pas en Inde), et le riz fait office de pain, c'est-à-dire qu'il apaise le palais côté inflammation. Le tout est donc de mélanger les deux facette de ce plat yin & yang pour trouver le juste équilibre universel. On peut rajouter un ton-katsu par dessus (porc pané) pour appâter les carnivores. J'ai mangé aussi bien l'une et l'autre version depuis mon arrivée. Encore une petite encoche sur ma paire de baguettes !
- Tempura ! Double yes. J'ai gardé le meilleur pour la fin, car j'ai mis longtemps avant de trouver l'occasion de manger ce plat, parmi mes favoris, et quasiment introuvable en France (disons qu'on en trouve parfois quelques ersatz, mais en général, il vaut mieux éviter de céder à la tentation facile de ces pâles imitations). J'avais repéré plusieurs endroits sur l'avenue kaminari-mon. C'est un coin très touristique, mais au Japon ça ne veut pas systématiquement dire qu'on ne trouve pas la qualité. Il y avait des enseignes très bon marché (le tendon à 500 yen), mais je me suis payé hier le niveau supérieur dans un restaurant spécialisé plus traditionnel : petit espace à l'étage, salle d'attente au rez-de-chaussée, serveuses en yukata roses à fleurs blanches, tout sourire, très polies et attentives, thé servi dans de jolies tasses, et menu assez simple. On m'a même fait un peu la conversation, en découvrant mon étuis de sabre estampillé 明治大学 (université Meiji), qui est très connue à Tokyo, malgré son niveau modeste par rapport à d'autres grandes universités. Du coup, j'ai eu le plaisir de papoter un peu avec une jolie jeune fille à la fin du repas.
Vu mes finances, j'en suis resté au tendon [天丼] classique (tempura variées sur bol de riz), pour rester juste en dessous des 2000 yen. Ça reste très raisonnable, et le plat était très bon, absolument pas gras, servi avec un petit bouillon miso bouillant (me suis encore brûlé la langue). Il y avait deux piments verts très légers (à peine piquants), une tranche de kyabocha (potiron japonais très doux et sucré, absolument excellent en tempura), une queue de poisson, et surtout deux crevettes (ça c'est mon chocolat).
Tendon [天丼]. Admirez le style de mon porte baguette fait main en origami !
- Reste le Nabe [鍋], cette marmite qui désigne par métonymie toutes les bonnes choses qu'on peut jeter dedans pour les faire cuire en bouillon au milieu de la table. En général, pas mal de légumes et d'herbes aromatiques. On "ferme" le repas en faisant cuire un gros plat de riz dedans à la fin du festin, le riz prenant le goût de tout ce qu'on a eu la bonne idée de faire cuire dans l'eau jusque là. Une des versions que j'apprécie particulièrement depuis ma première visite au Japon, c'est le shabu-shabu, où l'on trempe de nombreuses lanières de viande (porc et bœuf) dans le bouillon, parfois en tabe-hôdai (à volonté). le nom vient de l'onomatopée désignant le fait de tremper brièvement la viande dans l'eau bouillante pour la faire cuire juste à peine avant de la manger. On fait shabu (un côté) shabu (l'autre côté) de deux coups de baguette experts, et hop ! On mange.
Pour cette fois, je n'ai pas eu l'occasion d'en manger et ne compte pas m'y rendre. C'est un plat très convivial, que j'apprécie plus pour cette raison que pour son goût (souvent assez plat). L'occasion se représentera.
Dans tous les cas, vous pouvez constater que nos estomacs n'ont pas été moins actifs que le reste du corps durant le séjour : nous suivons une formation complète, dans laquelle tous les organes sont mis à contribution. L'entraînement sévère du kendoka, c'est aussi de cultiver son essentiel côté bon vivant. Sachons bien boire et bien manger pour apprécier la valeur de la vie qu'on met en jeu quand on engage un combat.
notez qu'on peut aussi ajouter le bain chaud après l'exercice, parmi les valeurs fondamentales (J'aime le dojo de Waseda !).