Histoire


Histoires de 2 bonnes poires partis chercher des pruneaux chez les hommes-citrons.

vendredi 17 juillet 2015

福本 - Le Retour des Horribles

"Séparément y sont déjà pas drôles, j'suis pas pressé d'connaître leur numéro de siamois".
Freddy.

Ce soir, j'ai enfin réussi à saluer proprement Fukumoto-sensei en face à face au Honbu-dojo (à croire qu'il m'esquivait jusque là : il était toujours occupé à autre chose les jours où on est allé s'entraîner chez lui. Je suis sûr qu'il voulait m'observer d'abord pour voir si ça valait vraiment le coup de réinvestir du temps et de l'énergie à me faire courir dans tous les sens !). Je m'attendais à un sacré baroude d'honneur, mais finalement ça s'est passé plutôt dans le feutré. J'ai quand même fini par terre moins d'une minute après le début du combat, mais c'était fait sans méchanceté. Et puis c'est ma faute, je tiens pas debout. C'est que les vieux, ils ont les racines profondes et l'écorce épaisse. Quand on veut les bousculer, bizarrement, les vieux chênes ne ploient pas plus qu'ils ne rompent, et le roseau se casse la gueule. Enfin, tout cul par terre que j'étais, j'ai bien eu la présence d'esprit de rester fermement en garde, parce que je connais le vieux ; c'est un truc à se prendre un bon coup sur la tête pour rappeler qu'on ne joue pas à la marelle, mais qu'on fait un duel à mort.
Mort, j'ai dû l'être quelques bonnes dizaines de fois (d'ailleurs, j'avais le souffle court à force), mais j'ai vendu chèrement ma peau et il n'a pas fait de remarque. Comme j'avais commencé par lui, ensuite je suis allé m'amuser avec les autres professeurs (dont son élève Onodera-sensei, ce monstre de bout de femme qui, du haut de son mètre soixante, aligne tranquillement 7 dan). Une promenade de santé en comparaison, mais plein de bonnes choses et de bons conseils. Je suis ressorti tout émoustillé. Affaire à suivre...

Le prochain épisode, il semblerait que ce soit dimanche après-midi, la météo annonce une grosse concentration de 8ème dan au Yanaka-dojo, sous l'égide des frères Fukumoto (c'est à dire que le grand-frère sera là, et puis allez savoir, peut-être que le petit dernier viendra aussi). Ils seront une demi-douzaine à ce qu'on dit, et Fukumoto m'a bien signifié que Nagao (mon ancien professeur à Meiji) serait là (comprendre : si tu viens pas, 1. T'es un peu con ; 2. T'as la trouille ? 3. C'est pas poli). Shintani-sensei nous a déjà bien dit et répété que même au Japon, c'est pas souvent qu'on trouve un pareil regroupement de mecs qui pèsent. C'est ça les Fukumoto : non seulement ils ont l'esprit de famille, mais en plus ils ont le carnet d'adresse. Quand ils organisent une soirée open bar, y'a du beau monde qui vient prendre un coup. Donc je suis toujours aussi vénère de manquer le 4ème Kendo World Tokyo Keiko-kai à l'université Meiji, qui se tient cette année début août (Grr !), mais je me demande si tout bien pesé il ne vaut pas mieux avoir cette opportunité là. Bien sûr, vous vous douter, dans mon monde idéal il faudrait que je puisse faire les deux. Mais on se contentera de dimanche prochain pour cette fois.

Bokkenman



PS : Ce soit, j'ai vu la démonstration vivante de ce qu'est peut-être le maître chat du conte Neko no myôjutsu [猫の妙術] d'Issai Chozan : en Ippon-shôbu contre son élève, Fukumoto s'est à un moment avancé en marchant tranquillement vers son adversaire, pointe au centre. Arrivé à vingts centimètres de sa gorge, il a frappé d'un coup sec et sans violence. Onodera n'a même pas pu esquisser un mouvement. Après l'action, ils ont tous les deux éclaté de rire.

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