Histoire


Histoires de 2 bonnes poires partis chercher des pruneaux chez les hommes-citrons.

lundi 20 juillet 2015

Se prendre une prune (au Japon)

Ce soir, y'avait pas que d'la prune, y'avait de l'ambiance aussi. Vers le milieu de soirée, après un plat de spaghettis sauce ail/tomates, on a plongé dans une izakaia de quartier au coin de la rue, et on n'a pas été déçu. Ici, on oublie complètement la rigidité sociale habituelle et la keigo (langue de révérence) de l'après-midi, place à la langue déliée des bas-fonds, où les vieux piliers de bar côtoient les jeunes salarymen dans des parties de karaoke endiablées, où les couples philippins font des échanges de numéros de téléphone douteux avec les petits patrons d'entreprise solitaires, et où la "mama" vous sert un umeshu maison du tonnerre de Dieu (45°, qu'elle annonçait fièrement). le bocal est là, sous vos yeux, avec les grosses prunes vertes qui macèrent dans la liqueur, et c'est autre chose que ce qu'on achète en supermarché, je vous le dis. Les portions sont généreuses, les verres pleins, et les petites assiettes d'edamame tournent autour du bar. J'ai eu l'intelligence intuitive de complimenter la patronne avec enthousiasme sur ces deux produits maisons, ce qui m'a valu de repartir avec dans les mains deux gros sachets vinyles remplis le premiers de prunes macérées, et le second de haricots salés. Je vais enfin pouvoir faire mon propre umeshu ! Elle m'a dit "il faut en manger tous les jours, c'est bon pour la santé".

La conversation a bien roulé (et boulé boulé), surtout du côté de mon voisin, rond comme une prune, dont le principal argument, martelé maintes fois à grands coups de claques dans le dos, était : "il faut que vous reveniez, hein ! Revenez demain, hein ! Parce que moi je suis là tous les soirs, hein !". Sinon, les questions habituelles : le pays d'origine, le boulot, l'âge, les petites copines... On m'a encore donné 18 ans et on a essayé de me faire sortir avec une jeune demoiselle de 63 ans, apparemment sœur de la tenancière. Il parait qu'un jour j'atteindrai la puberté.
Briçounet a ouvert le bal des ritournelles avec Who'll Stop the Rain, et le signal était donné, on a tous dû s'illustrer de nos cordes vocales devant l'assemblée extatique ; Hiromi a fait des chansons japonaises, Romain des génériques d'animé, et moi je m'en suis tenu à mon Bruce Springsteen favoris, ma bouée de secours, parce qu'avec quelques grammes de prunes dans le sang, il vaut mieux ne pas trop s'aventurer en haute mer (et puis allez savoir pourquoi, les Japonais adorent).
On a quitté les lieux à la fermeture après maints témoignages d'amitiés et de courbettes accompagnés de "bonnes nuits" et de "revenez vite".

Le Japon de la tête à l'envers, comme vous ne l'avez jamais vu dans les livres de géo.

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